Oslo fait ça parfois. Il renifle une zone de la maison, puis il s’arrête net : babines légèrement retroussées, gueule entrouverte, regard qui part dans le vague. On dirait qu’il a planté. En réalité, il lit les informations aux environs.
Ce comportement a un nom : le flehmen. Et il est directement lié à un organe que la plupart des propriétaires de chats ignorent : l’organe de Jacobson du chat, aussi appelé organe voméronasal. Ce petit capteur chimique, niché dans le palais, donne au chat accès à une couche d’information que son nez seul ne peut pas traiter.
🐱 Pas le temps de lire ? Voilà ce qui compte, promis juré miaulé :
- L’organe de Jacobson (ou organe voméronasal) est un capteur chimique logé dans le palais du chat, juste derrière ses incisives. Ce n’est pas de l’odorat classique : c’est un circuit séparé, dédié aux phéromones.
- Quand votre chat retrousse les babines et fixe le vide, il pratique le flehmen : il aspire les molécules chimiques vers cet organe pour les analyser. Ce n’est pas un bug, c’est de la lecture.
- Ce que l’organe décode : l’identité d’un congénère, son état hormonal, son niveau de stress, le temps écoulé depuis son passage. Une carte d’identité chimique complète, invisible pour nous.
- L’odorat du chat est 14 fois plus puissant que le nôtre. L’organe de Jacobson va encore plus loin : il traite ce que le nez ne peut pas capter.
- Les diffuseurs de phéromones de synthèse (Feliway et similaires) fonctionnent précisément parce qu’ils s’adressent à cet organe. Ils imitent les phéromones faciales apaisantes et envoient un signal de sécurité direct au cerveau.
Sommaire
L’organe de Jacobson du chat : c’est quoi exactement ?
L’organe voméronasal est une petite structure paire logée dans le palais du chat, à la base du septum nasal. Il a été décrit au début du XIXe siècle par le physiologiste danois Ludvig Jacobson, d’abord chez les reptiles, puis identifié chez de nombreux mammifères.
Chez le chat, il se présente comme deux conduits remplis de fluide, reliés à la cavité buccale via le canal nasopalatin, ce petit passage situé juste derrière les incisives. Ces conduits sont tapissés de neurones sensoriels qui envoient leurs signaux directement au bulbe olfactif accessoire, une zone du cerveau distincte du bulbe olfactif principal.
Ce détail compte : c’est un circuit séparé. L’organe de Jacobson ne travaille pas avec le nez, il travaille en parallèle. Ce qu’il capte ne passe pas par les mêmes voies que les odeurs ordinaires.
Ce qu’il détecte, et ce que le nez ne peut pas voir
L’odorat du chat est déjà hors norme. Environ 200 millions de récepteurs olfactifs, contre 5 millions chez l’humain. Son épithélium olfactif est 5 à 10 fois plus étendu que le nôtre. C’est un odorat de prédateur, calibré pour repérer une proie à distance ou lire les traces d’un congénère dans l’environnement.
Mais les phéromones, c’est autre chose. Ce sont des molécules chimiques plus lourdes, souvent non volatiles, qui ne se dispersent pas dans l’air comme une odeur classique. Le nez les capte à peine, ou pas du tout. L’organe voméronasal, lui, est spécifiquement construit pour les traiter.
Ce que ces molécules transportent : des informations sociales brutes. Le sexe d’un individu, son état hormonal, son niveau de stress, son statut reproducteur. Une sorte de profil complet, déposé dans l’urine, les sécrétions des glandes faciales, les griffures sur les surfaces.
😺 Bon à chavoir
Votre chat ne « goûte » pas l’air quand il fait sa grimace. Il aspire des données pour mieux les comprendre.

Pourquoi votre chat ouvre la bouche et fixe le vide : le flehmen expliqué
Le mot « flehmen » vient de l’allemand et signifie retrousser la lèvre supérieure. C’est exactement ce qui se passe : le chat soulève légèrement les babines, entrouvre la gueule, et marque une pause. Regard fixe, immobilité presque totale.
Ce n’est pas un bug. En retroussant les lèvres et en ouvrant la bouche, le chat ferme partiellement ses narines et crée un courant d’air qui dirige les molécules lourdes vers le canal nasopalatin, puis jusqu’à l’organe voméronasal. Une aspiration ciblée, très précise.
Le comportement dure quelques secondes. Le chat peut sembler absent, indifférent à ce qui l’entoure. C’est parce qu’il traite une information dense dans un circuit dédié.
Ce qui déclenche ce comportement
Le plus souvent, c’est une phéromone intense qui provoque la réaction : urine d’un chat inconnu, marquage facial d’un congénère, odeurs ramenées de l’extérieur sur vos chaussures ou vêtements, jouets ayant appartenu à un autre animal. Parfois aussi certains parfums ou produits ménagers dont la composition chimique ressemble à des phéromones.
Ce comportement n’est pas appris. Il est génétique, présent dès les premières semaines de vie. Le chaton qui pratique le flehmen pour la première fois ne l’a pas observé chez sa mère.
Le chat n’est pas le seul à pratiquer ce réflexe. Chevaux, bovins, lions, cerfs : le flehmen est répandu chez de nombreux mammifères. Chez le chat, c’est plus discret, et souvent confondu avec une grimace de dégoût que l’on a probablement tous déjà vu chez son animal.
| Signe observable | Ce qui se passe |
|---|---|
| Babines retroussées | Ouverture du canal nasopalatin |
| Gueule entrouverte | Aspiration des molécules lourdes |
| Regard fixe, immobilité | Traitement dans le bulbe olfactif accessoire |
| Durée : quelques secondes | Analyse terminée |
Odeurs et phéromones : deux systèmes qui ne se mélangent pas
Pour bien comprendre le rôle de l’organe de Jacobson, il faut saisir que le chat dispose en réalité de deux systèmes olfactifs qui fonctionnent en parallèle, sans jamais se croiser.
Le nez traite les odeurs volatiles classiques : nourriture, prédateurs, signaux environnementaux immédiats. L’organe voméronasal traite les phéromones, des messages chimiques à usage social. Ce que chaque système capte ne remonte pas vers les mêmes zones du cerveau.
C’est pour ça que le flehmen n’est pas une réaction à « une odeur forte ». C’est une réaction à un type de molécule spécifique, que l’odorat ordinaire ne peut pas analyser correctement. Un chat peut renifler un plat qui sent très fort sans jamais pratiquer le flehmen. Mais une trace d’urine d’un chat inconnu, même ancienne et très diluée, peut déclencher la grimace immédiatement.
Ce que votre chat lit dans les marquages
En analysant l’urine ou les sécrétions d’un congénère, votre chat accède à un profil complet : mâle ou femelle, castré ou non, état de stress, disponibilité reproductive, et même une estimation du temps écoulé depuis le passage (les molécules se dégradent progressivement).
Une trace d’urine sur un coin de mur, c’est un message daté et signé. Votre chat le lit en quelques secondes via son organe de Jacobson.
Les phéromones faciales, elles, transportent un message différent. Quand votre chat se frotte contre votre jambe ou contre un meuble, il dépose des sécrétions qui signalent l’apaisement et la familiarité. Le chat qui lira ce marquage comprend que cet espace est « sûr ». C’est aussi pour ça que les frottements de votre chat contre vous ne sont pas du marquage de territoire agressif : c’est de la communication sociale positive.
Dans quelles situations observer le flehmen au quotidien ?
Quelques contextes où vous pouvez anticiper la réaction :
Arrivée d’un nouveau chat. C’est le grand classique. Votre chat va inspecter méthodiquement chaque zone marquée par l’intrus, et le flehmen apparaîtra régulièrement pendant les premières heures ou journées. Il cartographie le profil chimique de l’inconnu.
Vos chaussures et vêtements après une sortie. Si vous avez croisé d’autres animaux, vos affaires reviennent chargées d’informations chimiques. Votre chat les lit systématiquement, parfois avec le flehmen.
Certains jouets ou objets neufs. Surtout s’ils viennent d’un foyer avec d’autres animaux. La grimace peut apparaître avant même que l’objet soit posé par terre.
Les diffuseurs de phéromones de synthèse. Des produits comme Feliway imitent les phéromones faciales apaisantes. L’organe voméronasal les détecte, le cerveau reçoit un signal de sécurité. C’est pour ça que ces diffuseurs ont un effet réel : ils s’adressent directement à ce système, sans passer par le raisonnement du chat. Utile lors d’un déménagement, d’une introduction entre chats, ou de toute situation stressante.
Ce que ça change pour vous en pratique
Comprendre l’organe de Jacobson, c’est comprendre que votre chat évolue dans une couche sensorielle que vous ne percevez pas. Quand il refuse d’entrer dans une pièce, colle son nez au bas d’une porte, ou s’arrête net dans un couloir, il traite des informations réelles. Pas de la caprice.
C’est aussi pour ça que les introductions entre chats demandent du temps. L’échange olfactif doit précéder la rencontre physique : des chats qui ont pu « lire » l’odeur de l’autre pendant plusieurs jours avant de se voir en face ont beaucoup moins de réactions agressives au premier contact. Votre vétérinaire vous recommandera toujours de passer par cette phase olfactive avant toute présentation directe.
L’organe de Jacobson, c’est finalement une bonne illustration de ce que les chats sont en général : des animaux qui fonctionnent avec des outils que nous n’avons pas, dans des registres que nous ne percevons pas. La prochaine fois qu’Oslo fait sa grimace et fixe le mur, je sais qu’il ne bugue pas. Il lit simplement son courrier.
FAQ sur l’organe de Jacobson d’un chat
C’est quoi l’organe de Jacobson chez le chat ?
L’organe de Jacobson, ou organe voméronasal, est un capteur chimique logé dans le palais du chat, juste derrière ses incisives. Relié à la cavité buccale par le canal nasopalatin, il envoie ses signaux à une zone du cerveau distincte du système olfactif classique. Il détecte les phéromones, des molécules que le nez seul ne traite pas.
Pourquoi mon chat ouvre la bouche et fixe le vide ?
C’est le flehmen. Votre chat retrousse les babines et entrouvre la gueule pour diriger les molécules chimiques vers son organe voméronasal via le canal nasopalatin. Le regard fixe correspond au temps de traitement : quelques secondes de concentration. C’est un réflexe inné, présent dès les premières semaines de vie.
Le flehmen est-il normal chez le chat ?
Tout à fait. C’est un comportement inné, commun à de nombreux mammifères. Il ne traduit aucune douleur ni détresse. Si la grimace est accompagnée d’autres signes inhabituels (bave excessive, confusion, convulsions), consultez votre vétérinaire. Mais le comportement de flehmen seul n’est pas un symptôme.
Quelle différence entre l’organe de Jacobson et l’odorat du chat ?
L’odorat classique capte les odeurs volatiles ordinaires. L’organe voméronasal traite les phéromones, des molécules plus lourdes qui véhiculent des informations sociales. Ce sont deux systèmes distincts, avec des circuits cérébraux différents, qui fonctionnent en parallèle.
Les diffuseurs de phéromones agissent-ils sur l’organe de Jacobson ?
Oui. Les phéromones de synthèse (Feliway et équivalents) imitent les phéromones faciales naturelles. L’organe voméronasal les détecte et le cerveau reçoit un signal d’apaisement. L’efficacité varie selon les chats, mais l’approche est validée pour réduire l’anxiété lors de changements d’environnement ou d’introductions entre chats.
L’humain possède-t-il aussi un organe de Jacobson ?
Oui, mais vestigial. Présent anatomiquement, l’organe voméronasal humain est quasiment non fonctionnel : le bulbe olfactif accessoire est atrophié et le canal nasopalatin souvent obturé. Nous ne pratiquons pas le flehmen. Certaines recherches suggèrent que des phéromones humaines influencent certains comportements, mais c’est encore débattu.
